30 ans en 30 lignes
Avoir trente ans, et réfléchir
Leçons du passé, espoirs et désirs
Es-tu à un peu moins d'un tiers, à la moitié ?
Impossible à prédire, ni à deviner
C'est le parcours qui compte, et ses virages
Les choix à faire. Et le bagage
De plus en plus à faire, à découvrir
En toujours moins de temps
Et en être très conscient
Oui, cela fait parfois souffrir
Une femme à chérir, des enfants à éduquer
L'amour à aimer. L'amitié à partager
Le boulot qui te permet de vivre
Sans que l'ambition ne te rende ivre
Des malchances à gérer
Des peines, inévitables, à accepter
Du bonheur à cultiver
Des rires et des larmes à mêler
Sans cesse aussi se développer
Et être conscient de l'absurdité
Du nationalisme extrême et de certaines religions
Tu ne voudras pas mourir couillon…
Plus tu apprendras, et moins tu sauras
Triste frustration, mais c'est comme ça
Le sprint prendra la place du marathon
Et parfois pourtant tu n'avanceras qu'à tâtons
Vise à pouvoir dire, à la fin :
''Je suis content de mon chemin
C'est fini ? Tant pis et… salut…
Mais quelle tristesse qu'on ne se verra plus...''
L'essentiel retrouvé ?
Humanité, amitié, fraternité :
Voilà l'essentiel, oublié
Les raisons en sont nombreuses
Et, hélas, souvent scabreuses
Carrière, ambitions, argent
Prestige, luxe éblouissant
Nationalisme frénétique
Religions fanatiques
Le grand « je », le grand "nous »
Oubliant le « tu », et le « vous »
Ou pire encore, crachant dessus
Les autres ? Que de superflus…
Ma petite-fille aura bientôt un an
Mais quel avenir l'attend ?
Nous ne pourrons nous voir pour la fêter
Et j'en ai déjà le cœur brisé
Je n'ai jamais prié, n'y trouvant aucun réconfort
Mais pour Anaïs, je veux bien faire un effort
Espérant qu'à la fin de cette misère
Apparaisse enfin un brin de lumière
Qui lui ouvre un nouveau ciel
Qui lui apprend le véritable essentiel
Non pas celui du passé
Mais celui d'une seule humanité
Unie, forte et déterminée
A redécouvrir la vraie fraternité…
Anaïs
Dire que tu n'as même pas un an…
Toi, fruit de l'amour de tes parents
Jamais sans doute tu ne sauras
Combien j'ai rêvé de toi
Pendant de nombreuses années je me suis dit :
J'aimerais tellement avoir une petite-fille
Et puis voilà, tu es arrivée
Grande, forte, et déjà étonnée
Douce Anaïs, souriante, encore bébé
C'est inévitable, je ne peux que t'aimer
Tes superbes yeux bleus
Reflets des océans et des cieux
Ne sont qu'un seul témoin de ta beauté
Que ton caractère ne fait que renforcer
Ta volonté de vouloir t'élever
De marcher dès demain sur tes deux pieds
Est preuve de vouloir avancer
Prête à découvrir le monde entier
Va ! Va et s'il te plaît jouis
De tous les plaisirs de la vie
Fais face avec courage aux contretemps
Qui ne seront alors que des passants
Et même quand ils seraient trop durs à supporter
Sache que ceux qui t'aiment seront toujours à tes côtés
A tout jamais je serai ton Papy Junior
A tout jamais, même après ma m...
Le foetus et le squelette
Deux conditions, de deux vies
L'une à commencer, l'autre finie
Le fœtus est, mais pas encore vraiment
Le squelette n'est plus, depuis longtemps
Tout à apprendre d'un côté
L'autre déjà presqu'oublié
Séparés par la vie
Cette drôle d'histoire, jamais choisie
J'imagine une conversation
Entre ces deux faux compagnons
(Le fœtus en italique
L'autre plus classique)
Je vois une lumière, là, à l'horizon !
Ne te fais pas trop d'illusions
Je ne comprends pas
Sois patient et tu verras
Raconte-moi du moins ton vécu
A toi qui n'est qu'au début ?
Je meurs d'apprendre, dis-moi !
Hé, tu parles à un mort, ça va ?
Pardon, j'avais presqu'oublié…
Que je suis presque désossé ?
Pour moi, c'est encore l'obscurité
Moi, je l'ai retrouvée
Que puis-je attendre de la vie ?
Du bonheur, et bien de soucis
Parle-moi de l'amour
Celui d'un jour ou « pour toujours » ?
Cela m'est bien égal
Des joies qui peuvent faire mal
Et des enfants, tu en as, dis ?
Oui, deux, à mon avis…
Tu me sembles un peu douter
Non, non, je ne faisais que rêver
Quoi, tu en voulais plus encore ?
Bien sûr, mais j'avais tort
Réponse bizarre, et je ne suis pas devin
On ne choisit pas son destin
Je ne comprends toujours pas
On donne, on prend, et c'est comme ça
En somme, la vie vaut-elle la peine ?
Pleine de surprises, souvent sereine
C'est quoi ce charabia ??
Relis tes questions, et tu verras
As-tu jamais eu peur de mourir ?
Je suis mort armé d'un sourire
Je te comprends de moins en moins
Il faut bien que tout ait une fin
Mais dis-moi donc ce qui m'attend !
Je ne sais pas, cela dépend
De qui, de quoi, par pitié ?
De ceux que tu vas rencontrer
Je ne sais vraiment plus quoi penser
Bienvenu à la fatalité
Une toute dernière question ?
Je t'écoute, vas-y, sans façon
La vie n'est-elle qu'un interlude ?
Bien entendu, c'est une certitude
Le néant avant, le néant après ?
………………………………………
Le squelette, sachant
Resta muet
Ode à la pomme de terre
Oh Chère Patate
Quand je t'ai vue
Pour la première fois
Tu ne me faisais
Ni chaud ni froid
J'avais encore
Un très jeune âge
Et toi, tu te trouvais
Dans mon potage
Plus tard j'ai commencé
A te trouver chouette
Succulente même
Sous ta forme de croquette
En tant que
Pomme vapeur
Tu me mets
Tout en chaleur
Et non, ce n'est pas
Dans la friture
Que tu prends ton aspect
Le plus pure
Quoique, quand tu deviens
Pomme allumette
Je ne peux qu'admirer
Ta svelte silhouette
Et quand je te vois
En chemise
L'extase n'est plus
Une surprise
Finalement, et je l'affirme
Sans me gêner
J'adore tellement
Te faire sauter
As-tu droit
A un titre de noblesse ?
Bien sûr mon amie
Que penses-tu de… Duchesse ?
Chère Patate,
S'il te plaît
Ne nous laisse jamais tomber
Sinon c'est nous
Qui serions… dans la purée….
L'Orpheline de guerre...
Je suis un GRAND enfant
J'aurai bientôt NEUF ans !
On me dit : "Tu n'as plus de parents"
Depuis très très longtemps
Je ne comprends pas
Essaie de savoir pourquoi
Des vieux m'ont fait savoir
Que je ne pourrai plus les voir
Il paraît qu'une bombe est tombée
Tout juste dans notre cheminée
Il y avait un grand éclat
Et mes parents n'étaient plus là
Mon petit frère non plus
Lui aussi avait disparu
Je me souviens d'une grosse poussière
Comme si c'était arrivé hier
L'obscurité m'a fait très peur
Des voisins m'ont trouvée en pleurs
Ils m'ont pris dans leurs bras
Pour m'enlever loin de chez moi
Je n'ai toujours pas compris
Pourquoi je me trouve ici
Loin de Maman, loin de Papa
On m'a dit qu'ils sont dans l'au-delà
C'est où, cet endroit ?
Pourquoi n'en reviennent-ils pas ?
Il y a des trains, des voitures, des avions…
Les chemins sont-ils tellement longs ?
Je continue à espérer
Qu'un jour je puisse les retrouver
Ailleurs, très très loin d'ici
Et à y vivre, ensemble, sans soucis
J'aimerais tellement rester enfant
Et grandir en m'amusant…